La justice au rabais :
se présenter devant le tribunal
avec une demande en vertu de la Charte et sans argent
Pour :
Le Programme de contestation judiciaire du Canada
294, avenue Portage, pièce 616
Winnipeg, Manitoba
Téléphone: (204) 942-0022 Télécopieur : (204) 946-0669
Rédigé par :
Arne Peltz
avec laide de Betsy Gibbons
Also available in English
La Charte et la justice expéditive
Il ny a rien de plus inspirant, du moins pour un avocat, que les grands principes enchâssés dans la Charte canadienne des droits et libertés : liberté, égalité, liberté de conscience et de croyance, liberté dexpression, garanties juridiques en cas darrestation ou de détention et bien dautres que nous connaissons très bien. La Charte a maintenant quinze ans et a eu des effets importants sur le droit canadien et la vie au Canada. En tant que partisan de la Charte, je soutiens que le nouveau régime de droits constitutionnalisés fonctionne fondamentalement comme prévu, avec lappareil judiciaire qui se débat pour continuer à jouer rôle actif et raisonnable dharmonisation et un débat public sain continu au sujet de léquilibre entre le secteur législatif et le secteur judiciaire. Cependant, il nen demeure pas moins quil y a eu des déceptions.
En tant quavocat de droit administratif et tenant du principe que les tribunaux administratifs sont capables de rendre une justice de qualité tout aussi grande, sinon plus grande, que les tribunaux judiciaires, je trouve dommage que leur compétence en ce qui concerne la Charte et les mesures de redressement découlant de la Charte ait été limitée. Depuis le tout début, jessaie de faire valoir, bien que sans succès, en me fondant sur les principes du gros bon sens, que tous les tribunaux établis par une loi ont le pouvoir explicite ou implicite de trancher des questions de droit et quils ont nécessairement la compétence de décider de lobjet dune action et des mesures de redressement. Par conséquent, tous les tribunaux devraient être autorisés à trancher les questions relevant de la Charte du mieux quils le peuvent. Évidemment, les règles de révision judiciaire prévoiraient une norme dexactitude pour de telles décisions, et les tribunaux administratifs nauraient pas le dernier mot en ce concerne les demandes qui leur sont présentées en vertu de la Charte. Au fur et à mesure que le droit a évolué, certains tribunaux administratifs ont été jugés dignes de trancher des questions relevant de la Charte, quelques autres se sont vu refuser ce droit et, pour la plupart, lincertitude règne. Ainsi, lorsque nous songeons à introduire une demande en vertu de la Charte, ainsi quil est indiqué dans lintitulé de la présente conférence, nous pensons plutôt en termes de tribunal que de commission.
Cest là une honte, compte tenu du fait que les services des tribunaux administratifs continuent dêtre moins chers, moins formels et plus rapides que ceux des tribunaux judiciaires. Comme la écrit Andrew Roman en parlant des affaires Douglas College/Cuddy Chicks/Tétreault-Gadoury, ´ [TRADUCTION] la trilogie est, en quelque sorte, insensible au besoin réel des gens ordinaires dobtenir des décisions rapides et à peu de frais des tribunaux administratifs, et cela était sûrement lintention des législateurs. ª
Pour en revenir à la Charte elle-même, la deuxième déception est labsence de mécanisme garantissant laccès pratique aux mesures de redressement quelle prévoit. Cette question importante a été abandonnée aux aléas du marché (les parties à un litige qui disposent des ressources financières voulues sont en mesure de faire respecter leurs droits constitutionnels alors que celles qui ne les ont pas peuvent être privées de droits quelles possèdent en théorie) et des programmes gouvernementaux offrant de laide juridique et autre pour lélaboration dune action judiciaire. La Charte a été utilisée pour demander laide de conseillers juridiques payés par lÉtat dans le cadre daffaires criminelles, dans des circonstances limitées. La Cour suprême du Canada est maintenant saisie de la question de ladmissibilité aux services dun avocat rémunéré par lÉtat dans des poursuites civiles que le gouvernement a intentées contre une famille. Largumentation pour cette cause se fonde sur les articles 7 et 15 de la Charte. Toutefois, la personne qui intente une action contre le gouvernement en vertu de la Charte semblerait, plutôt que de répondre à la contestation de lÉtat, être responsable de trouver elle-même les ressources dont elle a besoin.
Dans le présent document, nous nous pencherons sur le défi que constitue lélaboration dune action en vertu de la Charte contre le gouvernement au nom dun client dont les ressources financières et autres sont plutôt minimes. Dans les causes relevant de la Charte, surtout celles dont ont été saisis les tribunaux, les exigences en matière de preuves et de procédures peuvent facilement écraser le simple plaideur. En raison de sa complexité et de son abondance, la jurisprudence relative à la Charte est devenue un défi en soi. Qui plus est, les avocats du gouvernement peuvent choisir dadopter une politique de la terre brûlée, surtout sils savent que le demandeur dispose de peu de ressources financières pour la cause. Comme les champignons après la pluie, les motions et les objections préliminaires peuvent surgir de partout alors que les espoirs dune décision rapide sur le bien-fondé de la cause disparaissent lentement. Un procès civil ne se déroule pas toujours dune façon civilisée.
Il est arrivé que les tribunaux sinquiètent de la possibilité dêtre débordés par un nombre de causes relevant de la Charte, ce qui aurait pour effet de paralyser le travail judiciaire. À mon humble avis, le problème est dun tout autre ordre. Il est beaucoup trop difficile pour une partie disposant de moyens financiers ordinaires dintenter et de soutenir une contestation relativement à une action ou à une loi du gouvernement. La vague de réforme de la justice civile qui balaie actuellement le pays privilégie la médiation et dautres moyens de rechange comme solution pour le règlement des différends. Cette solution nest pas celle qui convient nécessairement au règlement des différends touchant les droits constitutionnels, car elle fait fi en quelque sorte de cette catégorie de demandeurs. Compte tenu de la situation actuelle, il est surprenant de voir un nombre même infinitésimal de demandes non commerciales relevant de la Charte se rendre devant les tribunaux civils et les tribunaux administratifs.
Nous osons espérer que les avocats des parties disposant de moyens financiers plutôt modestes trouveront, dans ce qui suit, des idées utiles qui leur permettront de surmonter les obstacles inhérents au fait de traduire le gouvernement en justice.
´ Pardonnez-moi, mais qui va payer la facture? ª Voilà une question quil convient de poser dès le début
Très peu doptions soffrent aux clients qui ne disposent daucun moyen financier. Il est par conséquent essentiel dutiliser les ressources qui existent avec le plus defficacité et de créativité possible.
Connaître le Programme de contestation judiciaire et y recourir
Même si le Canada sest doté dune quasi-convention relative aux droits constitutionnels en 1960 et dun certain nombre de dispositions constitutionnelles garantissant le respect de droits individuels depuis le tout début de la Fédération, il nexistait aucun programme public pour aider les particuliers à faire valoir leurs droits constitutionnels jusquà ce que le gouvernement fédéral établisse le premier Programme de contestation judiciaire en 1978, programme qui soccupait uniquement des droits linguistiques. Le mandat du Programme a été élargi en 1982, au moment de la promulgation de la Charte, puis considérablement de nouveau en 1985, au moment de lentrée en vigueur de larticle 15, afin de couvrir les contestations en matière de droits à légalité garantis par les articles 15, 27 (patrimoine multiculturel) et 28 (égalité des deux sexes). En dépit de critiques dithyrambiques non politiques faites au Parlement et ailleurs, le gouvernement fédéral a subitement mis fin au Programme en 1992. Le Programme a été rétabli en 1994, par suite des nombreuses pressions politiques exercées pendant la campagne électorale de 1994. Comme il a été indiqué récemment :
´ Le nouveau Programme de contestation judiciaire occupe aussi une place unique et de première importance dans la lutte pour l'égalité matérielle au Canada. Vu la montée du conservatisme politique et l'avènement du règne des compressions budgétaires au sein de toutes les administrations publiques, les autres sources de financement de moindre importance auxquelles on pouvait avoir accès en 1985 pour la contestation judiciaire en matière de droits à l'égalité sont à toutes fins utiles taries. Le Programme subit donc une pression de plus en plus forte pour qu'il accorde du financement visant à combler le vide résultant des compressions budgétaires effectuées dans les programmes d'aide juridique et du sous-financement chronique des organismes communautaires. ª
Le Programme de contestation affecte environ 550 000 dollars par année aux causes portant sur les droits linguistiques et 1,65 million de dollars aux causes portant sur les droits à légalité. Bien que la plus grande partie des fonds sert à payer les coûts des contestations judiciaires à proprement parler, le Programme offre une aide financière pour lélaboration des actions, ce qui couvre la recherche préliminaire et les consultations. Pour les contestations faites en vertu de la Charte, ce travail est indispensable.
Lerreur que font souvent les avocats qui nont pas dexpérience en ce qui a trait à la Charte cest de précipiter les choses, en toute bonne volonté, et de ne pas élaborer suffisamment leur contestation. Ce genre de situation peut se traduire par une perte dénergie et un précédent négatif difficile à déloger. Le Programme de contestation judiciaire encourage le travail délaboration dactions car il permet déviter les dédoublements des tâches dans le pays, de favoriser la pensée novatrice et sophistiquée et la planification des contestations et de garantir que les contestions concernant les droits à légalité faites en vertu de la Charte sont efficaces et contribuent à faire avancer réellement les droits des principaux intéressés. Les résultats des actions portant sur des questions sociales, politiques et économiques ne sont pas toujours aussi évidents quils semblent. Lavocat qui accepte une cause relevant de la Charte peut penser que la cause est vraiment bénéfique et juste, mais il existe parfois de grandes controverses au sujet des avantages de la contestation. De plus, il existe presque toujours des points de vue divergeants au sujet des arguments et de la preuve à développer et à approfondir.
Le Programme offre jusquà 5 000 dollars pour la recherche en vue de lélaboration dune action et une autre somme similaire pour la consultation. Il va de soi que le client doit trouver dautres ressources pour compléter cette aide financière de base. Par ailleurs, du fait quils travaillent avec le Programme, les avocats peuvent tirer parti dun vaste recueil de résultats de recherches antérieures et dun réseau de personnes-ressources à travers le pays. Le Programme finance de temps à autre des études générales dimpacts qui peuvent, par exemple, être extrêmement utiles comme examen général des questions dactualité en droit. Ces études permettent aussi déviter de réinventer la roue. Du côté des droits linguistiques, le Programme affecte des sommes modestes aux négociations ayant pour but de régler des différends à lamiable.
En règle générale, laide financière quaccorde le Programme de contestation se limite à 50 000 dollars à létape du procès, 35 000 dollars à létape de lappel et à 35 000 dollars pour les interventions. Dans des situations extraordinaires, il peut accorder une aide financière extraordinaire allant jusquà 25 000 dollars par niveau dinstance. Encore une fois, dans la plupart des causes relevant de la Charte, ces sommes ne suffisent pas pour payer tous les frais. Toutefois, le Programme suppose que le demandeur a obtenu une aide financière dautres bailleurs de fonds ou quil est en mesure de contribuer financièrement à la contestation. De fait, le Programme peut exiger que le demandeur indique dans une colonne du budget quil doit lui soumettre tous les services qui lui sont donnés. De même, des plafonds sappliquent aux honoraires pouvant être facturés : 100 $ de lheure pour préparer la cause et 150 $ pour chaque heure passée au tribunal. Personne ne va senrichir à accepter des causes relevant de la Charte à de telles conditions, mais la gratification psychologique éprouvée dure longtemps.
Il importe de répéter que le Programme de contestation judiciaire est plutôt limité en ce qui concerne les causes auxquelles il peut contribuer financièrement, bien quil soit très utile lorsquon peut y recourir.
´ Le Programme finance les causes invoquant les droits linguistiques aux niveaux fédéral ou provincial, tel quinscrits dans la Constitution du Canada. Sont également financées, les causes contestant les lois, les politiques ou les pratiques fédérales selon larticle 15 (égalité) de la Charte canadienne des droits et libertés. Les causes ne sont financées que si elles sont susceptibles de modifier une loi, une politique ou une pratique de manière à ce que celle-ci respecte les droits linguistiques ou les droits à légalité.
[ ]
´ [ ] Dans certains cas, les actions liées aux libertés fondamentales de larticle 2 ou au multiculturalisme de larticle 27 sont admissibles au financement, si ces articles sont utilisés pour faire valoir les droits à légalité de larticle 15. ª
La réponse à la question de savoir si une contestation particulière projetée contribuera à faire respecter les droits à légalité peut très bien dépendre du point de vue que la question est envisagée. Il existe souvent des questions controversées. Prenons à titre dexemple ´ les enfants à naître ª. Certains considèrent quils appartiennent à un groupe défavorisé méritant que leur droit à légalité soit protégé par la loi alors que dautres soutiennent que seules ´ les femmes ª ont des droits juridiques. Dans le contexte autochtone, il existe actuellement de nombreux différends quant à la question de savoir si larticle 15 de la Charte sapplique aux décisions des premières nations concernant les femmes dans des domaines comme la qualité de membre de la bande et les services dans les réserves. Les politiques fédérales qui restreignent les avantages aux Indiens inscrits et qui excluent les Métis ont aussi fait lobjet de contestations.
Le Programme prend ses décisions doctroi daide financière par lintermédiaire de deux comités formés davocats plaidants et danalystes expérimentés dans les questions relevant de la Charte et ne sest pas dérobé à ses obligations dans ce domaine, aussi délicates que soient les décisions concernant laide financière.
La politique actuelle du Programme en ce qui concerne les contestations portant sur les droits à légalité ne sapplique pas aux lois, politiques et pratiques provinciales, même lorsque les actions provinciales sont de portée nationale ou reflètent une tendance commune dans tout le pays. Jusquà maintenant, le gouvernement fédéral a toujours insisté pour que soit respectée cette restriction. Le Programme est actuellement en train de négocier le renouvellement dun autre accord de contribution de plusieurs années avec le ministère du Patrimoine canadien, et le gouvernement a fait parvenir au Programme une lettre par laquelle il lui fait part de son intention de renouveler laccord pour une période de cinq ans. Lextension du mandat du Programme à certaines questions dégalité de compétence provinciale fait aussi lobjet de discussions. Il est clair que lexclusion des lois provinciales du champ daction du Programme actuel constitue une lacune importante. Toutefois, il pourrait parfois être possible dobtenir des ressources financières pour de telles situations si le gouvernement fédéral y participait par voie de partage des coûts ou de délégation de pouvoir.
En 1996-1997, le Programme de contestation judiciaire a reçu 23 demandes daide financière pour des causes portant sur les droits linguistiques et 110 demandes pour des causes portant sur les droits à légalité. Environ 60 % de ces demandes ont été approuvés.
Aide juridique pour les contestations en vertu de la Charte
Mis à part le programme fédéral de contestation judiciaire, les programmes provinciaux daide juridique sont, de toute évidence, lautre source possible dobtention de fonds. Dans les affaires de droit pénal, domaine où le gouvernement fédéral assure une certaine uniformité nationale par voie daccords de partage des coûts, les contestations faites en vertu de la Charte ont relativement bien progressé dans le cadre de la défense opposée à des accusations criminelles. Toutefois, pour ce qui est des avocats de droit administratif ou de droit civil, la question quil faut poser avant tout est celle de savoir si lassistance de lAide juridique est offerte pour les contestations faites en vertu de la Charte dans des domaines autres que celui des poursuites criminelles. Cest ici que les points de vue divergent considérablement dun endroit à lautre du pays.
Dans certaines provinces, le client na tout simplement pas de chance. Le Nouveau-Brunswick, par exemple, noffre aucune aide juridique pour les causes civiles si ce nest quune aide très limitée dans le domaine du droit de la famille. Dautres provinces acceptent techniquement les demandes daide financière pour des contestations civiles en vertu de la Charte, mais les ressources financières affectées à ces plans daide juridique sont tellement limitées quil y a très peu de chance quune demande daide soit acceptée. Les dirigeants de la Legal Aid Society de lAlberta nont souvenir daucune cause civile introduite en vertu de la Charte qui ait fait lobjet dune aide financière; une contestation portant sur les droits de la personne et mettant en cause le droit dun partenaire non marié à une pension alimentaire après la séparation a fait lobjet dune aide. En Saskatchewan, sur 21 000 causes présentées, 11 étaient dordre civil non familial. Toutefois, les causes criminelles introduites en vertu de la Charte font lobjet dune aide financière. LÎle-du-Prince-Édouard offre une aide limitée en droit de la famille et une certaine aide en ce qui concerne la santé mentale. Laide discrétionnaire maximale de 1 000 dollars par cause provenant des fonds de la Law Foundation est compromise en raison de lintérêt décroissant sur les comptes en fiducie des avocats. Terre-Neuve, la Nouvelle-Écosse, le Yukon et les Territoires du Nord-Ouest acceptent tous un bon nombre de causes non criminelles consistant surtout de causes relevant du droit de la famille, mais ces programmes peuvent faire lobjet de contestations civiles selon leur bien-fondé. LUniversité de la Nouvelle-Écosse et les cliniques communautaires daide juridique ont contribué à faire progresser les demandes faites en vertu de la Charte en faisant appel aux avocats faisant partie de leur personnel.
Là où il y a le plus de chance dobtenir laide dun programme dassistance juridique pour une demande faite en vertu de la Charte cest en Colombie-Britannique, au Manitoba, en Ontario et au Québec.
La Legal Services Society of British Columbia contribue financièrement aux causes portant sur les droits de la personne et le droit de la famille en fonction de leur bien-fondé et de la gravité des conséquences pour la personne. Le système de la Colombie-Britannique comporte un réseau de cliniques communautaires qui a entrepris passablement de travail concernant la Charte. Le British Columbia Public Interest Advocacy Centre, qui est un centre indépendant responsable de faire la promotion de lintérêt public, se spécialise notamment dans les causes relevant de la Charte.
La Société daide juridique du Manitoba offre une aide pour une gamme complète daffaires civiles, y compris pour des causes types et des appels, et accepte les causes relevant de la Charte qui touche lensemble de sa clientèle. Cest le Centre chargé des questions juridiques dintérêt public qui soccupe de la plupart des contestations faites en vertu de la Charte. Le Centre est une succursale de la Société daide juridique du Manitoba. La Société nest pas financée par le gouvernement, ce qui lui
permet de protéger son autonomie fonctionnelle. La Société sest occupée avec succès dun certain nombre de demandes faites en vertu de la Charte, et ce, parfois, en collaboration avec des avocats de bureaux privés.
Le Régime daide juridique de lOntario administre un programme de financement de causes types qui a contribué à un certain nombre de demandes faites en vertu de la Charte, et ce, tant par des particuliers que par des groupes représentés par des avocats de pratique privée sur certificat du Régime. De même, les avocats du vaste réseau de cliniques juridiques quadministre le Régime ont contribué à faire avancer les demandes et les interventions faites en vertu de la Charte. Il est bien connu que le Régime daide juridique de lOntario fait actuellement lobjet dun examen en profondeur et que des changements importants y seront apportés. Toutefois, le rapport du dernier comité dexamen semble indiquer quil faut continuer à soutenir les demandes civiles faites en vertu de la Charte.
Au Québec, la Commission des services juridiques offre une vaste gamme de services de droit civil et, en particulier, finance les demandes faites en vertu de la Charte. Les cliniques juridiques du Québec soccupent de la moitié environ de toutes les causes et leurs avocats internes peuvent plaider des questions relevant de la Charte.
Plaider à titre gracieux les demandes faites en vertu de la Charte en espérant se faire accorder les dépens
Malgré ce qui précède, la triste réalité demeure quune cause introduite en vertu de la Charte au nom dun client dont les moyens financiers sont plutôt modestes finit presque toujours par devenir totalement ou partiellement une cause pro bono (plaidée gratuitement). Certains diront que toutes les causes qui passent par lAide juridique sont par le fait même des causes pro bono, compte tenu du barème des honoraires actuel. Le devoir des avocats dassurer laccès à la justice par le travail gratuit fait sans cesse lobjet de débats. Dans certains États américains, le débat porte non pas sur le devoir mais sur lobligation des avocats daccomplir du travail bénévole et la réglementation du travail obligatoire bénévole. Comme le juge Major le disait récemment dans le cadre dun discours : ´ [TRADUCTION] Cest lengagement renouvelé des avocats envers leur devoir dintérêt public qui fera augmenter la confiance du public dans leur travail ª. Tout cela est très bien. Dans un État, le Barreau a même répondu en concluant un accord de partenariat de travail bénévole avec un centre juridique dintérêt public. Quoiquil en soit, le fait de plaider bénévolement une cause introduite en vertu de la Charte présente de sérieuses difficultés pour les avocats et les bureaux davocats.
Bien que les avocats soient remarquablement bien disposés à donner de leur temps, sils estiment que la cause est juste, les contestations faites en vertu de la Charte exigent souvent un investissement considérable dans la recherche en sciences sociales pour fournir le contexte nécessaire que les tribunaux demandent dans de pareilles causes. Procéder à des études documentaires et parfois même à des recherches originales, retenir les services de témoins experts, trouver les documents de la Couronne et se battre pour les obtenir, dépoussiérer les anciennes lois et revoir lhistoire afin de comprendre la genèse des lois sont des activités toutes aussi dispendieuses les unes que les autres. Dans les demandes faites en vertu de la Charte, il y a peu de chance dobtenir des dommages-intérêts importants à la fin de la journée, ce qui aide les bureaux à supporter les dépens liés aux causes dans les situations habituelles dhonoraires conditionnels.
Dans la pratique, lorsque les bureaux davocats acceptent des causes relevant de la Charte au nom de clients aux moyens financiers modestes ou minimaux, ils le font habituellement dans un esprit charitable en espérant que les dépens leur seront accordés à la fin de la journée, permettant de verser au moins un dédommagement partiel aux avocats bénévoles. Lavocat bénévole estime sans doute quil accomplit un service public tant que la question de droit soit raisonnablement défendable et quelle en soit une dimportance publique. À vrai dire, de tels services daide juridique sont précieux pour le public. Dans une poignée de causes, une règle à sens unique a été appliquée, accordant à la partie perdante les dépens et reconnaissant lavantage de soulever les questions et parfois dobtenir une réforme parlementaire par ricochet. Si elle était appliquée de façon générale une telle règle pourrait équivaloir à un ´ programme daide juridique judiciaire ª, en ce sens que les causes dintérêt public des personnes dans le besoin, surtout lorsquelles sont dirigées contre le gouvernement ou un organisme public, feraient lobjet dun tri judiciaire et dun financement public. Cest exactement ce dont nous avons besoin pour mettre en valeur lesprit de bénévolat du Barreau et assurer laccès à la justice pour ce qui est des demandes faites en vertu de la Charte.
Dans le but de faciliter les contestations dintérêt public, des demandes ont également été faites en vue de lapplication de la ´ règle interdite ª, parfois appelée la règle américaine. Selon cette règle, chacune des parties paie ses propres frais. En vertu de cette règle, le demandeur ne reçoit pas dargent pour le financement de sa cause, mais il na pas à sinquiéter de se voir imposer des frais énormes sil nobtient pas gain de cause, ce qui serait le cas si la règle habituelle qui veut que le perdant paie les dépens était appliquée.
Par ailleurs, la Commission de réforme du droit de lOntario a demandé une modification de la ´ règle à sens unique ª. Cette modification serait applicable lorsque la contestation soulève des questions qui débordent du cadre des intérêts immédiats des parties, lorsque la contestation ne peut être justifiée personnellement au demandeur pour des motifs économiques ordinaires et que les ressources du défendeur sont carrément plus élevées. Le demandeur aurait à payer les dépens sil obtenait gain de cause, mais il naurait pas à les payer sil perdait. Selon une étude faite récemment des décisions ayant trait à loctroi des dépens dans les causes de droit public, cest toujours la solution traditionnelle ´ frais à suivre la cause ª qui est la plus souvent appliquée, mais il existe une certaine confusion et incertitude car les tribunaux se débattent pour régler les questions daccessibilité et déquité. Selon ma propre expérience, les juges sont souvent rébarbatifs à lidée dimposer les dépens aux parties dont les ressources financières sont modestes dans les causes soulevant des questions juridiques nouvelles ou dintérêt public, mais ils sont plus enclins à les imposer aux organismes publics lorsque les demandeurs obtiennent gain de cause. Il est peut-être possible donc quune nouvelle règle ´ à sens unique ª voit le jour.
Quant au bien-fondé dintroduire une telle règle par voie judiciaire plutôt que législative, je fais mienne largumentation suivante :
´ [TRADUCTION] À mon avis, il nexiste aucun argument doctrinal ou philosophique de force majeure qui empêcherait, en principe, les tribunaux de prendre une telle mesure. Létablissement dune règle à sens unique pour les demandeurs qui sont parties à des causes dintérêt public nimplique pas nécessairement un éloignement considérable, sur le plan dune politique judiciaire, de la jurisprudence actuelle. Comme il a déjà été indiqué, il existe des précédents de longue date dont les tribunaux peuvent sautoriser pour refuser dimposer les dépens aux parties perdantes lorsque la cause soulève des questions de droit nouvelles, constitue une cause type ou profite au public à dautres égards. La reconnaissance dune règle dexception concernant les dépens des causes dintérêt public ne ferait que transformer dans les causes appropriées cette grande discrétion daccorder une exonération dans un mandat judiciaire. Qui plus est, il est difficile de faire concorder lidée voulant que la réforme de la règle des dépens ne relève pas des tribunaux avec le fait que ce sont les tribunaux, et non les assemblées législatives, qui ont donné naissance au concept de qualité pour agir dans lintérêt public ª.
Dans la pratique, lavocat qui est confronté à un client dont les moyens financiers sont modestes ou inexistants et qui désire faire une demande en vertu de la Charte doit se demander non pas sil doit ou non accepter de plaider bénévolement la cause, mais combien de ´ bénévolat ª son bureau et lui jugent
raisonnable et peuvent se permettre de faire. En recourant aux ressources disponibles, comme il est indiqué ci-dessus, bien des frais et des heures peuvent être couverts, probablement à des tarifs réduits. Le reste constitue votre don à la cause de la justice.
´ Tout, y compris lévier de cuisine ª : preuve à présenter et comment le faire à peu de frais
´ La Charte des droits a amené les tribunaux canadiens à participer beaucoup plus aux processus délaboration et dapplication des politiques gouvernementales. Le rôle de plus en plus grand que les tribunaux jouent dans lélaboration des politiques a centré leur attention sur le recours aux preuves extrinsèques ou faits sociaux. ª Lavocat qui introduit une action en vertu de la Charte et qui dispose dun budget restreint doit trouver un moyen de produire sa preuve à un coût nominal.
Internet sest révélé une source excellente et économique dobtention de renseignements réglementaires, législatifs et judiciaires. En dépit du nombre grandissant douvrages de droit sur Internet, il faut reconnaître que la jurisprudence, par exemple, ny est pas présentée dune façon complète et cohérente. Par conséquent, Internet ne peut pas encore remplacer un outil comme QUICKLAW qui permet daccéder rapidement, facilement et dune façon fiable (mais de façon moins économique) à la jurisprudence. Internet peut être perçu comme un autre outil (comme les bases de données en direct et les CD-ROM) dans le cadre dun ´ atelier ª de recherche assistée.
Pour ceux qui nen sont encore quà leurs balbutiements dans le domaine de la navigation sur Internet, il existe un certain nombre darticles et de livres utiles qui donnent des renseignements de base sur Internet et de bons petits trucs de recherche. Nous avons annexé au présent document deux articles très courts sur lutilisation et les capacités de certains moteurs de recherche Internet (instruments de recherche).
Morton et Brodie élaborent une typologie des preuves extrinsèques allant de la preuve sociale ´ la plus tangible ª à la preuve normative ´ la plus contestable ª. Nous navons pas trouvé de meilleur moyen de montrer lusage qui peut être fait dInternet et dautres outils électroniques pour la recherche de preuves extrinsèques que de donner des exemples des recherches faites à légard de deux causes relevant de la Charte dont sest occupé récemment notre bureau. Dans laffaire de lOffice des services à lenfant et à la famille de Winnipeg (région nord-ouest) c. G. (D.F.), dont a été saisie la Cour suprême du Canada, le Centre chargé des questions juridiques dintérêt public a représenté une coalition dintervenants. Cette cause a attiré lattention générale et 11 différentes personnes/coalitions se sont vu accorder le statut dintervenant au niveau de la Cour suprême du Canada. Dans laffaire Sauvé; McCorrister, dont a été saisie la Cour fédérale du Canada, nous avons représenté le plaignant McCorrister et dautres détenus fédéraux, le Comité chargé du bien-être des détenus de Stony Mountain et la Fraternité des Autochtones.
Mères, bébés et abus dintoxicants : preuve au-delà de lémotion
Dans laffaire G, lappel interjeté devant la Cour suprême du Canada faisait suite aux procédures entamées par lOffice des services à lenfant et à la famille de Winnipeg (l´ organisme ª) contre une femme enceinte qui reniflait des solvants. Lorganisme a demandé une ordonnance obligeant la femme à se faire traiter, soutenant quelle avait le devoir de prendre soin de lenfant à naître et que ses actions constituaient une violation de ce devoir. Comme cette cause était chargée sur le plan émotionnel, nombreux étaient ceux et celles qui ne pouvaient en prédire le dénouement, en dépit de la jurisprudence existante contre lorganisme. Le Centre chargé des questions juridiques dintérêt public a représenté la Womens Health Rights Coalition qui désirait faire valoir un point de vue de santé communautaire et qui soutenait quune femme enceinte ne devrait pas être traitée à coups de devoirs juridiques et dordonnances judiciaires. Parmi les éléments de preuve jugés nécessaires par les clients et lavocat pour soutenir ce point de vue, il y avait de la documentation sur :
1. les bonnes pratiques en matière de santé en cas de grossesse et de toxicomanie, y compris les déclarations de principe et les directives des grandes organisations de soins de santé et des organismes professionnels au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni;
2. les données socio-économiques sur le syndrome dalcoolisme ftal (SAF) au Manitoba et au Canada, y compris des renseignements sur les rapports entre lappauvrissement des conditions et la fréquence du SAF et la fréquence du SAF dans les collectivités autochtones;
3. les réductions budgétaires du gouvernement dans le domaine des soins de santé et les conséquences de ces réductions sur le traitement de la toxicomanie et les programmes de prévention pour les femmes;
4. les initiatives en matière de politiques publiques saines dans le domaine de la toxicomanie et de la grossesse, initiatives qui sont offertes et recommandées comme solution de rechange aux ordonnances judiciaires;
5. lincompatibilité de la culture autochtone, tant traditionnelle quactuelle, avec les programmes de traitement obligatoires de la toxicomanie.
Nos clients navaient pas les ressources voulues pour retenir les services danalystes spécialisés pour faire de la recherche sur ces questions et réunir la documentation à utiliser dans le mémoire. Notre cabinet navait pas non plus ces ressources. De son côté, lorganisme sest penché sur certaines de ces questions, mais il emploie un grand nombre de travailleurs sociaux et dautres professionnels qui ont pu faire ce travail à linterne. Le ministère du Procureur général du Manitoba est aussi intervenu en faveur de lorganisme et a produit des documents que lui a fournis le ministère des Services à la famille. Pour préparer leur cause, les intervenants démunis ont eu recours à Internet.
Nous avons commencé par un certain nombre de recherches générales (en essayant plusieurs moteurs de recherche différents) et en utilisant différentes combinaisons de mots clefs comme ´ toxicomanie et grossesse ª, ´ chimiodépendance et grossesse ª, ´ syndrome dalcoolisme ftal ª et ´ femme et abus dintoxicants ª. Puis, selon la quantité et le type de renseignements trouvés, nous raffinions les recherches au besoin. Nous avons trouvé une grande quantité de renseignements utiles dans plusieurs domaines de recherche. Par exemple, dans les domaines des politiques de santé publique et des bonnes pratiques en matière de soins de santé, nous avons trouvé des renseignements dans les sites dorganismes comme lAmerican Medical Association, lAmerican Society of Addiction Medicine, le Centre for Reproductive Law and Policy et le Centre canadien de lutte contre les toxicomanies. Ce dernier maintient une excellente bibliographie annotée sur le SAF, bibliographie qui peut être téléchargée à partir de son site Web. Cette bibliographie sest révélée très utile et nous a aidé à trouver un certain nombre de professionnels avec qui nous avons pu communiquer pour obtenir des renseignements supplémentaires. Qui plus est, nous avons pu, grâce au courrier électronique, recourir au coordinateur du Centre comme bibliothécaire de référence.
Le gouvernement canadien et plusieurs gouvernements provinciaux ont aussi des sites Web offrant des capacités de recherche. Dans ces sites, nous avons pu trouver (et télécharger dans certains cas) un certain nombre de rapports gouvernementaux et parlementaires portant sur la prise de conscience du gouvernement concernant le problème grandissant du syndrome dalcoolisme ftal et sa réaction.
Après avoir ´ visité ª les sites du U.S. National Institute of Health et du U.S. Department of Health, nous avons été en mesure de trouver des rapports sur des programmes efficaces de traitement de la toxicomanie aux États-Unis, programmes qui ont pu être présentés dans le mémoire comme solutions de rechange au traitement ordonné par le tribunal. À létape de la partie 1 dune cause introduite en vertu de la Charte, la ´ déficience minimale ª constitue habituellement le côté le plus vulnérable du gouvernement. Il est donc toujours crucial de procéder à la présentation de solutions de rechange raisonnables et efficaces. De plus, ces sites Web (et leurs liens) nous ont permis didentifier un certain nombre de personnes hautement qualifiées dans la vaste bureaucratie médicale américaine et de communiquer avec elles par courrier électronique. Nous avons eu recours à la même méthode pour entrer en communication avec le Royal College of Obstetricians and Gynaecologists (R.-U.), ce qui nous a permis dobtenir une copie de leur code de déontologie sur les interventions obstétriques ordonnées par le tribunal pour sopposer aux mesures coercitives. Nous savons par expérience que la recherche de tels documents par voie de dépouillement bibliographique peut se révéler très onéreuse, dispendieuse et aléatoire.
Bien que Internet donne accès à de plus en plus de publications savantes, lexamen en profondeur des ouvrages universitaires périodiques dans les domaines des sciences sociales et médical exige laccès à des fichiers et à des banques de données qui ne sont généralement pas accessibles à moins de payer un abonnement très élevé. En recourant à un certain nombre de bases de données SilverPlatter, nous avons pu trouver un nombre considérable darticles constituant ´ une preuve empirique tangible ª sur la fréquence du SAF et les rapports entre le SAF et la situation socio-économique. Il importe de noter que deux des bases de données que nous avons consultées, à savoir MEDLINE et HealthStar, sont maintenant accessibles sans frais sur Internet.
Il est possible de présumer de limportance du type des preuves médicale et sociale dont nous avons discuté plus tôt daprès le passage suivant de la décision rendue dans laffaire G. Se penchant sur la question de lefficacité des ordonnances de traitement dans la réduction du problème des enfants blessés, le juge McLachlin, écrivant au nom de la majorité du tribunal, indique au paragraphe 43 ce qui suit :
´ Sil était possible daffirmer avec quelque certitude que tous ces effets néfastes de lextension de la responsabilité délictuelle au choix du mode de vie de la femme enceinte entraîneront effectivement une réduction du nombre des enfants en bas âge victimes dun préjudice, lextension pourrait peut-être se justifier. Mais ce n'est pas ce qui ressort de la preuve dont notre Cour est saisie. Il est loin dêtre clair que la responsabilité délictuelle proposée diminuerait le nombre des enfants victimes de la consommation de substances intoxicantes. La preuve révèle plutôt qu'elle pourrait nuire à la santé infantile. Aucun consensus clair ne se dégage quant à savoir si la meilleure solution consiste à ordonner que la femme soit détenue dans un lieu sûr et soumise à un traitement médical ou si, au contraire, une telle mesure ne créerait pas des problèmes supplémentaires. ª
Laffaire G a commencé à titre de procédure interlocutoire durgence à la Cour du Banc de la Reine du Manitoba, et le dossier de la motion était presque entièrement démuni de preuve sociale. Aussi, la mention de la preuve que le juge McLachlin fait dans le passage précité doit sentendre de lensemble
des documents que les parties et les divers intervenants ont déposés devant la Cour suprême, entièrement à titre de Brandeis et de jurisprudence. Lorganisme et les intervenants en sa faveur ont perdu ´ en raison de la preuve ª.
Le droit de vote des détenus des pénitenciers : une autre question de taille
Dans Sauvé; McCorrister, nous avons soutenu que lalinéa 51e) de la Loi électorale du Canada, chap. E-2 des L.R.C. 1985, modifiée par larticle 23, chap. 19 des L.C. 1993, (inhabilité à voter des personnes détenues dans un établissement correctionnel depuis plus de deux ans) violait larticle 15 de la Charte. Nous nous sommes attaqué à la question sur deux fronts. Nous avons soutenu que la loi était en soi discriminatoire (les détenus constituant une catégorie analogue) et quelle causait de la discrimination systémique contre les pauvres et les Autochtones. Pour invoquer ces arguments, il nous a fallu faire une revue des documents de référence portant sur les domaines de la criminologie, de la sociologie et des sciences politiques, en portant une attention particulière sur les ouvrages de référence comme (1) les études empiriques sur les rapports entre la situation socio-économique et lincarcération, (2) les études sur la disparité des peines et (3) les documents sur la manière dont la société définit lactivité criminelle et les préjugés de classe qui peuvent intervenir dans de telles définitions.
Pour le genre de recherche interdisciplinaire que nous avons dû faire, nous avons notamment utilisé DIALOG, service payant dinformation électronique en direct qui fournit des références bibliographiques, des extraits et, dans certains cas, des textes intégraux sur une multitude de sujets dans les domaines des sciences sociales et des sciences humaines. Dans ce cas, les bases de données Academic Index et Social SciSearch nous ont été très utiles. Il est possible daccéder à DIALOG par Internet (ou Telnet). Les plaignants dans Sauvé; McCorrister ont pu obtenir certaines ressources financières pour la contestation, ce qui nous a permis de faire des recherches intensives et de retenir les services de plusieurs témoins experts qui sont venus témoigner au procès.
Les arguments invoqués ont été rejetés par le juge du procès en décembre 1995. Laffaire Sauvé; McCorrister est maintenant en appel devant la Cour fédérale dappel. Grâce à la décision rendue à lissue du procès, les détenus fédéraux ont pu voter aux élections fédérales de juin 1997. Dans le cadre de la préparation de notre mémoire pour lappel, nous voulions produire des renseignements sur le recensement et le vote des détenus de pénitenciers. Nous avons téléchargé à partir du site Web dÉlections Canada le Rapport du directeur général des élections sur la 36e élection générale. Même si ce rapport na pas dindex et que la table des matières ne comporte aucun renvoi aux détenus détablissements correctionnels, nous avons pu utiliser le logiciel de lecture Adobe Acrobat PDF pour chercher des références précises, ce qui a permis de réduire considérablement le temps de recherche.
Fait intéressant à noter : même sil a interjeté appel de la décision du tribunal de première instance dans laffaire Sauvé; McCorrister en janvier 1996, le gouvernement a attendu jusquà un mois avant lélection de juin 1997 pour en demander la suspension. Il restait très peu de temps pour monter la preuve pour cette escarmouche procédurale. En cherchant dans la base de données en direct du Journal des débats, nous avons découvert que la motion de suspension était attribuable à une attaque faite à lendroit du ministre de la Justice le jour précédant par un critique de lopposition qui fustigeait le gouvernement pour avoir oublié de demander une suspension de la décision, ce qui permettait alors aux détenus de participer au processus démocratique et avoir démontré (selon lopposition) quil était plutôt mou en ce qui concerne le crime. La question du crime soulève toujours beaucoup de controverse, et on sattendait à ce quelle fasse lobjet de débats pendant la campagne électorale. Compte tenu de ce qui précède, nous avons décidé dinvoquer comme argument le délai indu et la fin illégitime, entre autres, de la motion de suspension de la décision en vertu de la Charte.
Nous avons eu recours à Info Globe (service payant dacheminement et de jonction de QUICKLAW) pour réunir les éléments de preuve sur le temps anticipé de lélection fédérale et pour montrer la grande quantité de renseignements qui existent dans le domaine public pour déterminer le moment du déclenchement dune élection fédérale. Autrement dit, tout le pays savait quune élection allait être déclenchée le procureur général encore plus. Nous avons fait des recherches dans les bases de données de plusieurs journaux, services de presse et magasines. En raison du système de paiement sélectif de InfoGloble, nous avons dû limiter nos recherches à un nombre choisi de publications nationales et régionales. Grâce à ce type de recherche assistée, nous avons pu trouver très rapidement des éléments de preuve indiquant quil y avait eu, en juin 1996 déjà, un important débat public sur la possibilité de la tenue dune élection fédérale au printemps de 1997, et par la suite, des milliers de rapports dans les médias. Qui plus est, nous avons appris que les prisonniers avaient été autorisés à voter dans toutes les élections partielles tenues après le procès, et ce, sans que la Couronne ne sy oppose. Les pièces à lappui de ces affirmations ont été obtenues rapidement auprès du directeur général des élections.
Le juge du procès a rejeté la requête en suspension, jugement qui a été confirmé par la Cour fédérale dappel. La Cour suprême a refusé daccorder la permission dappeler de cette décision au cours dune audience spéciale tenue trois jours avant le jour de lélection.
Conclusion
Les escomptes sont compréhensibles, voire souhaitables, lorsquil sagit de produits de consommation ou de pneus à neige. Mais, il nen va pas de même lorsquil sagit de la justice.
Dans le présent document, nous avons examiné les stratégies conçues pour permettre aux demandeurs démunis de présenter au tribunal leur demande en vertu de la Charte. Nous faisons tout ce que nous pouvons, mais parfois cest loin dêtre satisfaisant. Les gouvernements et les grandes compagnies ou les institutions ont un avantage marqué par rapport au simple particulier ou groupe communautaire.
Nous pouvons sûrement faire mieux. Puisque nous nous sommes dotés dun instrument constitutionnel pour protéger et faire progresser les droits fondamentaux et les droits de la personne, nous devons nous assurer maintenant de mener le travail à bonne fin. Il est inutile de parler de droits si nous ne disposons pas des moyens de les faire respecter. À mon avis, il sagit là dune tâche à laquelle doivent sattaquer ensemble le Barreau, lappareil judiciaire et les législateurs, chacun y contribuant à sa façon.
novembre 1997
Notice biographique Arne Peltz
Arne Peltz occupe le poste de directeur et davocat coordonnateur du Centre chargé des questions juridiques dintérêt public depuis 1982. Dans le cadre de sa pratique courante, il met laccent sur le droit autochtone, les droits de la personne et les règlements sur le bien-être social et les services publics. Le Centre est une succursale de la Société daide juridique du Manitoba. Toutefois, son financement se fait séparément et il entreprend des causes types sur des questions de droit public et de politique gouvernementale. Les membres du Barreau du Manitoba contribuent au maintien du Centre par voie de dons en argent et en temps et en acceptant, à titre gracieux, des causes portant sur des lois dintérêt public.
Monsieur Peltz a été admis au barreau en 1977. Il a enseigné le droit de la pauvreté et le droit administratif à la Faculté de droit de lUniversité du Manitoba et était animateur principal de cours de droit administratif pour le cours dadmission au barreau de la Société du Barreau du Manitoba. Il a été président de lAssociation des avocats de laide juridique et est actuellement avocat-conseil à la Société daide juridique du Manitoba. Il a aussi été président de la Section de droit administratif de la Société du Barreau du Manitoba et est actuellement président de la Section de droit autochtone.
Monsieur Peltz a été vice-président de la Commission de police du Manitoba pendant cinq ans. Il agit actuellement comme arbitre en vertu de conventions collectives et pour le Service darbitrage rapide de la Commission du travail du Manitoba.